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La tradition veut que l’anglo-normand (désormais l’AN) ait été une
variété «à part», voire même une langue seconde, du moins pour l’écrasante majorité de ses locuteurs. Pourtant, les
écarts syntaxiques que l’on y a repérés se font voir dans d’autres variétés du français mediéval. Nous proposons dans cette communication de mieux situer l’AN parmi les dialectes de la francophonie
médiévale, en exposant la variation syntaxique en ancien français tardif et aux débuts du moyen français. Est evoqué
en premier lieu le syncrétisme de l’accusatif et du datif dans le système pronominal, trait caractéristique en effet
du moyen anglais (hine/him -> him), mais qui se retrouve aussi dans certaines variétés septentrionales du français:
(1)a Il temineroyt le querele sor lonc che ke mieus les plairat Liège p. 93 (1269)
(1)b Cis Bauduyns dit qu’il ne la voloit mie respondre
Reims
p. 767 (1255)
(1)c Se voit que cis Robers le donast letters dou paiement Reims
p. 773 (1261)
L’emploi de eux pronom sujet, présenté comme un trait AN par Buridant
(2000: 419), est fréquent dans les documents normands publiés par Delisle (1904) et Maillard (1961), p. ex.:
(2)a Mais eus ne devoient pas costume des denrees
Caen p. 353 (1289)
(2)b ...que euls eussent sur cen autre mandement du Roy
Vernueil, p. 442 (1324)
L’emploi de formes toniques des pronoms c.o.d., trait AN par excellence,
se retrouve également dans des textes wallons, p. ex.:
(3)a Qu’il
m’enuoiast plus de XII legions d’angles qui moi deljueroient de tes mains...
Sermons de Carême 45,4
(3)b Et silh ne soi pooent acordeir, nos nos deuons tenir... Andenne
p. 576 (1271)
L’omission de ne dans les propositions négatives, phénomène signalé
comme un trait AN par Buridant, comme par bien d’autres chercheurs, apparaît non seulement en Flandres et au Luxembourg
(Trotter 2003, Volker 2001), domaines à substrat germanique, mais aussi dans des textes picards:
(4)a Et pourra nul autre vendre fors le vin qui ja auroit este affore St Valéry 717.36 (1376)
(4)b Et que nule voit contre bateaux dehors la ville
Abbeville 191 (1394)
Il importe en somme de distinguer dans la variation syntaxique de l’AN
les traits qui sont calqués sur un substrat anglais de ceux qu’il partageait avec d’autres variétés francophones
plus ou moins «périphériques», afin de mieux situer le problème de son adhérence au continuum dialectal du français médiéval.
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